Tiens, cela faisait longtemps que Tahiti ne nous avait pas offert un des petits moments politico-aériens dont elle a le secret. Air Tahiti Nui, la compagnie aérienne de la Polynésie, longtemps considérée — à tort ou à raison — comme le jouet personnel de Gaston Flosse, conçue et voulue, quoi qu’il en coûte (et il en a coûté), par l’éternel patron de ce confetti français dans le Pacifique. À 94 ans, Gaston a officiellement passé la main. Officieusement, il garde sans doute un œil attentif sur les turbulences locales. On ne renonce pas si facilement à une œuvre aussi symbolique. Et voici donc qu’Air Tahiti Nui accueille un nouveau président : Lionel Guérin. Combien sont-ils à être passés avant lui ? À ce stade, il faudrait presque consulter les archives pour retrouver le chiffre exact. La compagnie a parfois changé de patron avec la régularité d’un horaire d’hiver. Mais, pour une fois, le gouvernement polynésien semble avoir visé juste. Guérin est un pilote. Un vrai. Pas un apparatchik en costume sombre, ni un pur produit des couloirs syndicaux du SNPL. Un homme de cockpit, rompu aux négociations sociales musclées, aux équilibres instables et aux ego pressurisés. Dans le transport aérien, cela vaut brevet de survie. Et puis il y a son perroquet – espérons qu’il se porte toujours bien -, fidèle et redoutable complice, devenu presque une signature. Dans un univers où tout le monde se prend très au sérieux, cela ne nuit pas d’avoir un peu d’autodérision perchée sur l’épaule. Sur le papier, Lionel Guérin a le profil pour redonner un peu d’oxygène à une compagnie qui en a parfois manqué. Encore faudra-t-il naviguer entre les subtilités politiques locales, les susceptibilités insulaires et les équilibres budgétaires toujours fragiles. Le Pacifique est vaste, mais le microcosme polynésien, lui, est étroit. Reste une question, plus administrative que stratégique : la limite d’âge. Souhaitons qu’elle ne se transforme pas en barrière bureaucratique, ce serait tout de même un comble dans un secteur qui ne cesse de repousser ses propres frontières. À Tahiti, les vents sont changeants. À Guérin de garder le cap.
OD





